Barry Lyndon de Stanley Kubrick

Publié le par DeshayesGaëtan.over-blog.com

D'après "Mémoires de Barry Lyndon" de William Makepeace Thackeray
Avec Ryan O'Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee 
Date de Sortie : 24 septembre 1976
Durée : 3h07
Genre : Il était une fois Barry

Note : 

 

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Synopsis :

Au XVIIIe siècle en Irlande, à la mort de son père, le jeune Redmond Barry ambitionne de monter dans l'échelle sociale. Il élimine en duel son rival,un officier britannique amoureux de sa cousine mais est ensuite contraint à l'exil. Il s'engage dans l'armée britannique et part combattre sur le continent européen. Il déserte bientôt et rejoint l'armée prussienne des soldats de Frederic II afin d'échapper à la peine de mort. Envoyé en mission, il doit espionner un noble joueur, mène un double-jeu et se retrouve sous la protection de ce dernier. Introduit dans la haute société européenne, il parvient à devenir l'amant d'une riche et magnifique jeune femme, Lady Lyndon. Prenant connaissance de l'adultère, son vieil époux sombre dans la dépression et meurt de dépit. Redmond Barry épouse Lady Lyndon et devient Barry Lyndon...

 

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Ze Chronik :

Tous les films de Stanley Kubrick sont tellement longs et riches qu'on pourrait en parler des heures, voir écrire des paquets de pages. Dur tache donc de parler d'un de ces films qui me tient à coeur et pour lequel il demeure l'un de mes favoris avec son "2001,L'Odyssée de l'espace" et son "Orange Mécanique", vous avez reconnu son affiche, je veux parler de son Barry Lyndon qu'il réalisa en 1975.

Après l'effet que le public est eu sur "Orange Mécanique",Kubrick a toujours envisagé et rêvé de réaliser une oeuvre sur Napoléon Bonaparte. On le sait,Napoléon n’a jamais vu le jour,cependant Kubrick était fin prêt à tourner ce qui aurait dû être encore un ultime chef-d'oeuvre de sa grande carrière. Si la Warner a accordé un soutien financier aveugle après les premiers succès, le réalisateur n’a plus la côte depuis le coûteux et fabuleux "2001, L'Odyssée de l’espace",son film de science fiction mal compris à l’époque par le grand public. Pour son dixième film,Kubrick alors osera une sorte de vengeance suite à l’échec du projet Napoléon.Comme un plan B qui lui permettra de faire un film se passant au XVIIIe siècle.Pourtant son Barry Lyndon n’a rien du film de seconde zone et on sait tout ce qu'il en deviendra : une superbe fresque de trois heures qui fut à l'époque également très mal comprise de ces patriotes(le film marcha en Europe par contre). Dans tous les cas, elle apparaît aujourd’hui sans aucun doute comme un des meilleurs films de toute sa filmographie.

 

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Barry Lyndon se compose en deux parties bien distinctes, comme il en ait l'habitude souvent dans quelques-uns de ses films. Deux parties parcourus notamment par une voix off cassant toute identification et désamorçant l'émotion du film quand elle pourrait surgir. Adapté du roman "des Mémoires de Barry Lyndon" de William Makepeace Thackeray,l'oeuvre fait suivre sur une trentaine d'années la vie peu glorieuse d'un antihéros. La première partie nommée "Comment Redmond Barry a acquis la manière et le titre de Barry Lyndon" évoque sans surprise l’ascension sociale de ce Redmond Barry,cet Irlandais sans le sou au coeur du XVIIIe siècle. Sa seconde "Relation des malheurs et désastres qui menèrent Barry Lyndon à sa chute",vous l'aurez compris évoquera quant à elle, la chute sociale de ce même personnage.

 

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Tout en démarrant son film sur la magnifique mélodie de Leonard Rosenman, nous mettant immédiatement en transe,dès lors, on sait que ce que va nous offrir Kubrick n'a pas d'égale, et qu'il est sur le point de nous faire vivre une expérience unique. Au début,ce qui est vraiment fort, ce n'est qu'admiration et tendresse que l'on va ressentir pour ce jeune Redmond Barry,cet homme pauvre, sous-estimé, amoureux et plein de rage,comme un jouvenceau qui va décider de fuir son pays après avoir remporté un duel truqué. Peu à peu, il parviendra à se faire un nom, à devenir quelqu'un, et trouvera enfin l'amour. Bien sur,le temps passera et l'amour que Barry éprouvera pour sa compagne s'estompera pour le laisser place à de l'affection, puis à de l'indifférence. Lady Lyndon qui sera sa future femme ne représentera plus qu'une décoration. Ses rapports conflictuels avec elle et sa sévérité envers son beau fils pousseront ce dernier à quitter son foyer et par là même sa mère,son unique famille.

 

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C'est alors que l'admiration que l'on ressentait au départ pour Barry sera très vite remplacée par une sorte de profond mépris, une incompréhension totale et absolue de son changement de comportement, au fur et à mesure de sa montée dans l'échelle sociale. Les caractères dépeints dans Barry Lyndon sont tellement ambigus qu'il est impossible de prendre le parti de l'un ou de l'autre. On ne tremble pas durant les duels, tant les destins qui s'y jouent nous paraissent étrangers et déjà écrits. L'un tantôt nous amuse, nous apitoie, nous extase,néanmoins l'autre vient vite ridiculiser le personnage principal et prendre sa place au premier plan. La dernière image du film, citation sèche comme une épitaphe, se dresse au-dessus d'eux comme la faucheuse aux ailes déployées et ce tout nous fasse frissonner d'épouvante bouclant l'oeuvre dans un feu d'artifice cinématographiquement grandiose et magnifique et cruelle.

 

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D’une perfection absolue sur le plan formel, Barry Lyndon illustre parfaitement la manière dont les arts picturaux, la musique et la littérature influencent l’expression cinématographique pour former, en l’occurrence, un ensemble d’une cohérence esthétique remarquable. Tout le film de bout en bout est beau, émouvant,plein d'intelligence magnifiquement interprété par un Ryan O'Neal,qui avait ému le monde entier quelques années avant en beau gosse de riche vivant une tragédie également dans le "Love Story" d'Arthur Hiller (1970). L'acteur correspond ici parfaitement à son personnage le jouant se cachant derrière une certaine fadeur, une âme de coquin maladroit et mesquine, sans oublier tous les acteurs grandioses et la présence de la belle Marisa Berenson,qui sans dégager peu de paroles,demeure également incroyable en dégageant énormément de charme.

 

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Pour mettre en scène ce film,Kubrick puisa clairement son inspiration dans la peinture du 18ème siècle, époque à laquelle se déroule l’histoire tant que la précision dans ses costumes, le mode de vie de l’époque,auquel les cultures y sont complètement encrée. Parmi les possibles influences sont souvent évoqués des peintres paysagistes comme Thomas Gainsborough et William Hogarth. Avec l’aide de John Alcott,ce grand chef-opérateur qui travailla également sur son 2001, Orange mécanique et Shining, et celle de Ken Adam,qui remporta l’oscar des meilleurs décors pour le film décrit,Kubrick élabora des images d’un raffinement et d’une beauté extraordinaires. Pour restituer cette époque témoignant d’une dimension picturale évidente et d’un travail de composition extrêmement soigné,Kubrick maniaque sur ses éclairages,refusa directement le système des lumières artificielles,pour opter plus pour de la lumière naturelle ou encore l'éclairage à la lueur d'une bougie, comme cette superbe scène où Barry rencontrera une paysanne Allemande dans une petite chaumière,un éclairage baignant l'atmosphère dans une ambiance très particulière.

Si l’on tient compte du fait qu’il s’agit d’un film d’époque impliquant donc un travail de recherche et de reconstitution méticuleux,dont les scènes de guerre constituent un très bon exemple, on ne s’étonnera pas qu’un réalisateur aussi perfectionniste que Kubrick consacrât près d’un an,trois cent jours exactement, à ce tournage, auquel à sa sortie il en sortira déprimé vu le succès peu mitigé de l'oeuvre.

 

Pour conclure,en étant bien plus qu'un simple film,Barry Lyndon restera à jamais une oeuvre à la beauté inégalable, une fresque romanesque fascinante, dérangeante nous mettant dans une situation d'inconfort ce qui fera sans doute sa force et toute son originalité, bercée par des musiques envoûtantes et mélodieuses car la musique encore ici joue un rôle prépondérant, avec des compositions allant de Bach, à Mozart, Prusse,tout cela adaptée par Leonard Rosenman. Kubrick demeurera toujours un des plus grands cinéastes de toute l'histoire du cinéma et certainement un des plus incompris. Barry Lyndon est un chef-d'oeuvre à voir et à revoir sur la grandeur et la décadence d'un homme sans qualités...tout le contraire farfelu de son cinéaste en somme ;-)

 

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Anecdotes :

Le film ramassa quatre Oscars en 1975 dont : direction artistique,meilleure photographie,meilleurs costumes,meilleur arrangement musical tant que Kubrick a été nommé trois fois : meilleur réalisateur, meilleur film et meilleur scénario adapté.

Le tournage de Barry Lyndon dura 300 jours du printemps 1973 jusqu'au début de 1974, avec une interruption pour Noël. Le budget du film atteignit 11 millions $.

La plupart des prises en extérieur ont été tournées en Irlande, de même pour les scènes se passant en Angleterre et en Prusse durant la Guerre de Sept ans. L'inspiration artistique provient des paysages peints par Watteau et Gainsborough. Kubrick et son photographe Alcott ont été à la recherche de la direction artistique de Ken Adams et de Roy Walker. Alcott, Adams et Walker furent parmi ceux qui gagnèrent un Oscar pour leur « travail fantastique » sur le film.

Si Barry Lyndon est salué comme un film d'une grande beauté visuelle, c'est un échec commercial dans les pays anglo-saxons. Kubrick fut particulièrement affecté par le fait que son travail de retranscription de l'esthétique du xviiie siècle n'ait pas été accueilli avec enthousiasme.

En Europe, notamment en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne, le film connait en revanche un certain succès. Au niveau mondial, le film rapporta 20 M$.

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La Bande Annonce :

http://www.youtube.com/watch?v=nr3afTny9PQ

Publié dans Stanley Kubrick

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